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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 15:20



Samedi matin en compagnie de nombreux anciens combattants et élus de la Margeride, j’ai eu l’immense honneur de présider l’inauguration de la nouvelle scénographie du Musée du Mont Mouchet, financée par le Conseil régional d’Auvergne. Ce haut lieu de la Résistance méritait cette nouvelle mise en valeur qui permettra à tous et notamment aux plus jeunes de mieux comprendre et de sentir au plus profond d’eux-mêmes le sens du sacrifice qui anima les maquisards. En mai-juin 44, ils affrontèrent la Wehrmacht pour retarder la jonction des troupes allemandes du sud avec celles de Normandie afin de faciliter l’avancée des Alliés.



65 ans plus tard, nous devons plus que jamais rester fidèles à leur message. Celui de la Résistance d’hommes et de femmes, français et étrangers, qui donnèrent leur vie pour que la France continue d’être dans le sillage de 1789, ce phare des droits de l’homme qui éclaira le monde, pour que la République renaisse et qu’elle concrétise l’aspiration du plus grand nombre à la démocratie politique mais aussi sociale et économique (Sécurité sociale, nationalisations, lois ouvrières et agricoles).


Cette fidélité est d’autant plus nécessaire à l’heure d’un débat sur l’identité nationale aussi malsain que fangeux. Commentant le titre de son ouvrage « L’identité de la France », Fernand Braudel avait déclaré « le mot m’a séduit, mais n’a cessé des années durant, de me tourmenter ». Aujourd’hui, c’est bien la République qui est dans la tourmente, tant ont été dévoyées et détricotées les grandes promesses du programme du Conseil National de la Résistance : les puissances de l’argent reprennent chaque jour un peu plus le dessus et le rêve d’une République fondée sur la démocratie économique et sociale s’éloigne à grand pas.


Ernest Renan, que beaucoup citent aujourd’hui à contresens, avait défini en 1882 la Nation comme « une grande solidarité » ; solidarité impliquant la mémoire des « sacrifices que l’on a faits » et un appel à « ceux que l’on est disposé à faire encore ». Il s’agit de retrouver le chemin de cette « grande solidarité » comme matrice de l’identité de la France, identité qui ne peut être que démocratique et sociale, bien à rebours d’un nationalisme frileux et rétrograde qui exalte la « terre » ou commande aux citoyens d’aimer le pays sur ordre ou alors de le quitter ! Car ceux sont les grandes œuvres de la Révolution de 1789, ceux sont les promesses de la République de 1848 (droit du travail, abolition de l’esclavage, suffrage universel), ceux sont les lois de la IIIème République (lois sur la presse, l’école, les syndicats, les associations, la laïcité), ceux sont les acquis du Front Populaire et de la Libération qui font notre héritage commun bien plus que le sol, le sang ou la religion ! Un héritage universel qui a conduit des étrangers, par exemple des républicains espagnols, à se battre pour lui au Mont Mouchet !


Cette identité démocratique et sociale est notre héritage. C’est aussi notre espérance commune et au premier chef celle d’une jeunesse maltraitée par le pouvoir. Il est encore temps de suivre l’exhortation de Victor Hugo à ne sacrifier aucun des termes de la devise républicaine, les « trois marches du perron suprême ». Parce que « sur le chantier de ces valeurs toujours neuves,  pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n’est de trop
 »  soulignait François Mitterrand. Oui, le débat sur l’identité nationale commence bien au Mont Mouchet, ce lieu qui raisonne à nos cœurs comme un constant rappel à l’ordre civique pour une France et une République ouverte et généreuse, libre et solidaire, égalitaire et fraternelle.

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